Bien s'orienter

Nous recevons beaucoup d’appels de parents qui sont affolés parce que leur enfant ne sait pas quelle décision prendre pour son orientation. Qu’il s’agisse de choisir les trois matières de spécialité en seconde, d’en enlever une en première, ou d’émettre des vœux sur Parcousup, point d’orgue de ce processus d’orientation en terminale, beaucoup se sentent démunis.

Pourtant, il faut se décider selon un calendrier très précis et aller vite. La pression est importante et source de tension en famille, alors que nos lycéens ont besoin de sérénité pour poser les bons choix.

Nous observons également que beaucoup d’entre eux sont obnubilés par leurs résultats :  il faut avoir de bonnes notes, se constituer un dossier « vendeur », pour choisir une bonne filière sur Parcoursup et être pris.

 

 

Pour nous, il manque une question majeure, à laquelle il est primordial de répondre pour chacun : « qui suis-je ? Quel est mon talent : qu’est-ce que je fais avec plaisir, facilité et succès ? Qu’est ce que j’ai envie d’apporter au monde ? » 

Faut-il incriminer Parcoursup ?

On aurait tendance à accuser Parcoursup de tous les maux. Pourtant c’est une plateforme qui a permis en 2023 à 917 000 candidats de choisir parmi 23 000 formations. 93,5 % des bacheliers ayant formulé des vœux ont reçu au moins une proposition d’admission et 76 % se sont déclarés satisfaits des réponses qu’ils ont reçues de la part des formations. Quant à ceux qui n’ont pas été admis en juillet, ils ont pu saisir la CAES (Commission d’Accès à l’Enseignement Supérieur) jusqu’à fin octobre.On peut donc dire que Parcoursup est un outil, ni plus ni moins, et que c’est un outil efficace qui remplit bien sa mission.

Les jeunes ont-t-il changé ?

Les jeunes ont une nouvelle vision du travail. Celui-ci doit avant tout leur permettre de bien gagner leur vie. Ils attendent de leur travail une bonne rémunération (43%), puis une activité intéressante (32%). Pour eux, le travail est un moyen de s’offrir une vie confortable, et du temps pour les loisirs. Ils ont souvent vu leurs parents s’épuiser avec des horaires élastiques, et ne souhaitent pas reproduire la même chose.

Après avoir fait l’exercice de présentations croisées auprès de classes de premières (chacun devait présenter son voisin/sa voisine selon un schéma précis, devant toute la classe), les élèves se sont exclamés, surpris et joyeux : « Nous vivons depuis plusieurs mois ensemble et nous ne nous connaissons pas ; il faudrait faire ça en début d’année… » Ils ne se connaissent pas entre eux, ils ne se connaissent pas eux-mêmes.

De plus, question métiers : la nouvelle génération a tout à réinventer. On ne connaît pas la majeure partie des métiers qui existeront en 2030 !

Alors, il n’est pas surprenant que nos jeunes se sentent un peu perdus… Michel Serre les appelle : « petit poucet » et « petite poucette » parce qu’ils écrivent des SMS très vite avec leurs deux pouces. Il écrit :

Un nouvel humain est né. Soyons indulgents, ce sont des mutants … » Et encore : « Ils ne parlent plus la même langue. [...] Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années cinquante et ceux d'aujourd'hui. Petite Poucette et son frère ne s'évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le travail a muté. »

Nos jeunes jouent-ils leur vie dans ce long processus d’orientation ?

Alors qu’on leur demande de choisir toujours plus tôt leur métier futur, et qu’ils ont l’impression de « jouer leur avenir » à 15 ans, nos jeunes ont pourtant devant eux des possibilités infinies :

  • Il y a tout d’abord un choix énorme de formations sur la plateforme Parcoursup
  • Il existe aussi beaucoup de formations hors-Parcoursup, en France et à l’étranger (en Espagne et en Belgique pour les formations aux soins : dentaire, orthophonie…)
  • Beaucoup de formations proposent désormais des rentrées décalées en janvier, voire même en mars,
  • Il y a de nombreuses passerelles entre les formations : on peut changer sans repartir de zéro avec des équivalences. Un jeune qui n’est pas satisfait de sa formation, a 1001 façons de rebondir
  • Il faut noter aussi que dès le lycée, il est possible de s’orienter vers les bacs technologiques et les bacs professionnels : est-ce qu’il faut s’entêter à faire passer nos enfants par la voie générale si on les sent fébriles dès la troisième ?
  • Beaucoup de formations se font en apprentissage, dès la première année après le bac, pour ceux qui ont besoin de concret
  • Faire une pause en prenant une année de césure est aujourd’hui bien vu sur un CV : cela permet de réfléchir, de mûrir, de s’offrir un temps d’intériorisation, d’introspection… En Angleterre l’année de césure est obligatoire après le bac.
  • Enfin, pour ceux qui sont vraiment récalcitrants à toute idée d’études, la formation en continu (formation tout au long de la vie) se développe en France. Le principe repose sur un concept d’enseignement danois, la hhøjskole (ce qui signifie « haute école » en danois), créé au XIXe siècle par N.F.S. Grundvig, philosophe. Il est considéré comme le père de la formation tout au long de la vie. La højskole constitue l’une des particularités du système éducatif reconnue par le Ministère de l’Éducation du Danemark. Une école en France s’appuie sur ce concept : l'Année lumière.
  • En outre, il est possible de rentrer dans la vie active par « la petite porte », puis procéder à la Validation des Acquis d’Expérience après quelques années (V.A.E.), et d’obtenir un diplôme reconnu.

Autant dire que les enfants ne jouent pas leur vie à 15-16-17 ans ! Quels que soient leurs choix, l’horizon reste très ouvert. Il y a de nombreuses manières de tracer son chemin, et une infinité de parcours différents.

Pour bien s'orienter, une seule et vraie question : « qui suis-je ? »

Il reste un point préoccupant : nos jeunes ne se connaissent pas. Ils avancent un peu aveuglément en répondant aux injonctions qu’on leur fait, sans se donner la possibilité de réfléchir en profondeur à ce qui les met en mouvement. Ils restent muets quand on leur demande de parler d’eux (sauf pour se trouver des défauts).

Bien sûr, il est nécessaire de les motiver à aller visiter des établissements supérieurs lors de journées portes ouvertes, à se rendre à des forums métiers, des salons d’orientation. Mais le rôle des parents est avant tout d’observer, d’écouter et d’encourager l’enfant. Souvent inquiets, ils ont peur de ne pas bien faire et sont sensibles au regard des autres, de la famille notamment. Mais ce qui est bon pour un enfant n’est pas l’idéal pour un autre. Chacun a un talent différent. C’est une bonne nouvelle parce qu’on a besoin de tous les talents pour construire une société. S’il n’y avait que des chirurgiens neurologiques ou des avocats d’affaires, le monde ne pourrait pas tourner ! Voyez ce qui se passe dans nos villes au bout de trois jours de grève des éboueurs !

Il est donc nécessaire de prendre le temps d’observer - et ça commence dès le plus jeune âge - comment les enfants se mettent en mouvement quand ils jouent par exemple. Tous les parents expérimentent que dans une même fratrie, chaque enfant, joue, agit et réagit de manière différente.

Le talent est inné. C’est une habileté naturelle, quelque chose que l’on fait avec facilité, plaisir et succès. Ce talent nous différencie des autres et constitue donc notre identité propre. Ce talent est tellement naturel à chacun, qu’il faut un regard extérieur pour pouvoir le reconnaître. C’est le regard des parents, des professeurs, des amis proches, des spécialistes de l’accompagnement. 

Il est donc essentiel de reconnaître le talent de son enfant, de le lui expliquer, et de le valoriser.

Par ailleurs, les jeunes, bien qu’étant vulnérables dans ces périodes de questionnement, sont toujours pleins de générosité. Ils sont mus par l’envie d’être utile, et d’apporter leur contribution au monde. Il faut les aider à réfléchir à ce qui est important pour eux ; à la manière dont ils veulent servir le monde qui les entourent. Et essayer de ne pas étouffer leur désir, comme celui d’une jeune femme par exemple, qui annonce qu’elle souhaiterait être infirmière, et à qui on répond que dans la famille on est médecin ! Ils doivent avoir la certitude qu’il y a une place pour chacun d’eux, qui les attend, et où ils pourront se déployer pleinement, être heureux et rendre heureux.

Il est nécessaire pour cela de changer notre regard sur les métiers, les filières, de modifier notre angle de vue. Et de réfléchir à ce que nous souhaitons vraiment aux jeunes : qu’ils réussissent dans la vie, ou qu’ils réussissent leur vie ?

 

> En savoir plus sur notre Diagnostic de talents pour les lycéens et étudiants.

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